Chronique de Taxibarman…

Louis Prud’homme
Laval

L’autre soir j’ai eu une conversation assez animée avec un vieil ami. Alors qu’il était question d’éducation et d’engagement social personnel, on en arriva à constater que les seuls domaines d’interactions humaines encore non monnayables étaient ceux concernant le foyer, les amis et la famille (du moins ceux avec qui on s’entend encore!)

Transposer son intérêt personnel immédiat au bénéfice d’un intérêt collectif « amélioré » à venir n’est pas spontanément pratiqué par tout un chacun. Surtout pas envers de purs étrangers!

Le plus souvent, quelques « like » (pour la cause de votre choix) et une attitude respectueuse envers le petit personnel et les différentes minorités, visibles ou non, suffisent à se donner bonne conscience. Et, ma foi, c’est quand même déjà pas mal : il y a tellement de matérialistes sordides qui ne pensent qu’à exploiter leurs congénères en abusant de leurs privilèges.

Si moi et les miens allons bien… les autres… ben… j’ai rien contre eux, mais qu’ils se débrouillent après tout!

J’engageai mon ami sur le chemin de la fraternité humaine et du devoir de solidarité envers nos frères et sœurs, surtout les moins favorisés. C’est la seule solution aux iniquités qui, entre autres malversations, mènent aux conflits qui affligent notre chère planète.

À voir la réaction de mon vieil ami, pourtant pas plus à droite que la moyenne des ours, c’est pas demain la veille! La notion de fraternité élargie à l’ensemble de l’humanité est une notion beaucoup trop idéaliste et théorique pour motiver la plupart des gens.

Et pourtant pour faire face aux défis de l’immigration, de l’inclusion des minorités et de manière générale au « mieux vivre ensemble », la notion de fraternité est essentielle pour inspirer nos agissements et transcender l’ordinaire loi de l’intérêt personnel immédiat.

Pour une personne motivée par la foi vivante en l’aventure de la Vie en l’inéluctable filiation divine qui uni tous les humains entre eux, autant pour faciliter leur propre ascension que pour créer une civilisation harmonieuse ultimement capable s’unir au cosmos, l’esprit de la fraternité humaine, peut aller de soi.

Mais ce ne sont même pas tous les « croyants », surtout les bigots, qui sont capables d’aimer suffisamment l’Éternel pour servir son grand projet. Plusieurs sont encore enfirouapés dans des traditions archaïques, fatalistes ou désuètes; plusieurs réclament de Dieu des avantages personnels, souvent déraisonnables, plutôt que de prier pour trouver le courage d’affronter la situation à laquelle ils ont à faire face!

Alors, imaginez un matérialiste ordinaire, uniquement concerné par son bien-être égoïste immédiat. Son niveau d’empathie à l’égard du commun des mortels ne peut être réveillé que par un événement dramatique hors-norme : une catastrophe pour l’humanité, une tuerie dans une école, un petit enfant échoué sur les plages turques il y a trois ans, tel le petit Aylan Kurdi.

Un moment effrayé et touché par le choc, il fera un don ou une action symbolique quelconque, dont il se vantera abondamment auprès de ses amis, avant de rabrouer sa nouvelle femme de ménage pour avoir déplacé ses trophées poussiéreux!

Comment alors faire la promotion de la fraternité humaine sans tomber dans le prêchi-prêcha, l’angélisme ou les bons sentiments ?

Comment renouveler le lien rompu entre l’homme moderne, scientiste et sceptique, et l’âme universelle qui inspira nos ancêtres ? Cette relation intuitive, improuvable scientifiquement est un lien dont la reconnaissance est la meilleure garantie de succès pour passer au travers des inévitables épreuves de la vie.

Renouer le lien entre l’être initial qui vit en chacun de nous et l’esprit qui nous entoure, demeure la seule manière d’être heureux en donnant une dimension cosmique à son existence. Riche, pauvre, beau, ou laid, chacun peut confier son destin à la sage inspiration de l’amour qui monte en soi quand on agit en pleine conscience et en toute bonne foi. Comme écrivait le poète Khalil Gibran : « Dieu vit dans mon coeur et je vis dans le cœur de Dieu. »

Transformer de la poussière d’étoiles en créatures capables de reconnaître leur créateur. N’est-ce pas un beau défi ?

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